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Mirga Gražinytė-Tyla et le Philharmonique de Munich : Bartók et Schumann de tête et de cœur

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Munich. Isarphilharmonie. 28-III-2025. Béla Bartók (1881-1945) : Divertimento pour cordes ; Robert Schumann (1810-1856) : Concerto pour violon et orchestre WoO. 23 ; Symphonie n° 1 op. 38 « Printemps ». Vilde Frang, violon ; Münchner Philharmoniker, direction : Mirga Gražinytė-Tyla

L'Orchestre Philharmonique de Munich n'a pas retrouvé tout son niveau d'antan, mais il permet cette fois à la cheffe de défendre efficacement ses conceptions.

À défaut de diriger comme prévu Katia Kabanova à l'Opéra de Bavière, honore la capitale bavaroise d'une courte visite, le temps de diriger l'Orchestre Philharmonique de Munich, qu'elle connaît déjà bien (il faut dire qu'il est plus prompt à accueillir les jeunes talents que son prestigieux collègue de la Radio bavaroise). On les avait ainsi vus ensemble lors d'une tournée berlinoise pour un concert hautement problématique, qui avait laissé des doutes sur la santé de l'orchestre. Cette fois revenu dans l'Isarphilharmonie qui est sa résidence – avec une acoustique moins flatteuse que celle de la Philharmonie de Berlin -, l'orchestre ne rassure pas pleinement, mais il donne du moins l'impression de ne pas entraver les conceptions musicales de la cheffe, c'est déjà ça. Le début du concert est réservé aux cordes seules avec le Divertimento de Bartók. Le geste musical est ample, les passages les plus dansants ont un allant et une énergie communicatifs, sans aucune surcharge, et les échos folkloriques du début du troisième mouvement, avec les solos très stylés de la Konzertmeisterin Naoka Aoki, sont tout à la fois dynamiques et soigneusement tenus. Il en va de même dans le mouvement central, dont la grandeur tragique s'accompagne de la même simplicité, d'une absence de pathos qui en fait tout le prix. On peut, dans cette œuvre, jouer à fond les contrastes ; la cheffe choisit au contraire de souligner la cohérence du propos, et cette option ainsi tenue convainc pleinement.

Le concerto pour violon de Schumann qui suit, sous l'archet de , est la partie la moins convaincante du concert. Les premières mesures, malgré l'élan que donne la cheffe, manquent de volume, faute de cordes surtout, et une bonne partie du premier mouvement laissent perplexe quant à la soliste, dont le phrasé est sans doute en quête d'intériorité, mais donne plutôt l'impression d'être replié sur lui-même, et s'il est audible que la cheffe est particulièrement attentive à ce que propose la soliste, on aimerait tout de même un peu plus de fougue, un peu plus de mouvement dans le dialogue. Le mouvement lent pâtit moins de cette approche peu communicative, mais on continue jusqu'à la fin de l'œuvre à avoir l'oreille attirée plus par ce que propose l'orchestre que vers le son excessivement délicat du violon solo.

La première symphonie de Schumann qui clôt le concert est plus rassurante : si l'orchestre, et particulièrement les cordes, perd une bonne partie de son volume sonore quand la cheffe lui demande une fluidité qui le dépasse, l'entrée en matière sévère et sculpturale ouvre la voie à une interprétation qui ne manque ni d'urgence, ni de profondeur des perspectives sonores, avec les limites propres à l'orchestre. Une excellente flûte solo, des cordes graves bien mises en valeur rappellent que cet orchestre, justement, a une grande tradition, et il faut espérer que l'avenir lui permettra de parachever sa reconstruction, avec son nouveau directeur musical Lahav Shani (qui prendra son poste en 2026), et sans doute encore régulièrement avec .

Crédits photographiques : © Tobias Hase / mphil ; ©  Marco Borggreve

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Munich. Isarphilharmonie. 28-III-2025. Béla Bartók (1881-1945) : Divertimento pour cordes ; Robert Schumann (1810-1856) : Concerto pour violon et orchestre WoO. 23 ; Symphonie n° 1 op. 38 « Printemps ». Vilde Frang, violon ; Münchner Philharmoniker, direction : Mirga Gražinytė-Tyla

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