Avec Lucile Richardot, coup de cœur pour les mélodies de Liza Lehmann
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Liza Lehmann (1862-1918) : « Evensong », « The Lake Isle of Innisfree », « Dusk in the Valley », « Breton Folk-Songs No. 2: I dreamt my love was singing », « Echoes », « How Sweet the Moonlight Sleeps Upon this Bank », « In the Watches of the Night », « Morning », « A Bird in Sky », « The Guardian Angel », « By the lake », « You and I », « Good Morning, Brother Sunshine! », « The Daisy-Chain No. 4: If no one ever marries me », « In a persian garden: Ah! Moon of my Delight », « In a persian garden No. 7: Ah! Not a drop », « The Beautiful Lady », « The Silver Rose », « Oh, Tell Me, Nightningale », « The Lily of a Day », « Love, If You Knew the Light », « When the Shadows Fall Tonight », « Thoughts Have Wings », « When I Am Dead, My Dearest ». Avec Lucile Richardot, mezzo-soprano ; Marie-Laure Garnier, soprano ; Edwin Crossley-Mercer, baryton ; Manon Galy, violon ; Anne de Fornel, piano. 1 CD La Boîte à Pépites. Enregistré en août 2024 à la Maison de l’Orchestra national d’Île de France. Notice de présentation en français et anglais. Durée : 60:27
La Boîte à PépitesInjustement négligée aujourd'hui, Liza Lehmann était autrefois une musicienne célébrée comme chanteuse, puis comme compositrice. Ses mélodies très « fin-de-siècle », servies ici par Lucile Richardot et ses partenaires, devraient ravir tout mélomane intéressé par la musique anglaise et par la musique de chambre.
Après les trois volumes de Rita Strohl, après le premier consacré à Jeanne Leleu et celui sur Charlotte Sohy, le label discographique La Boîte à Pépites poursuit sa mission démarrée en 2022 de faire connaître des compositrices injustement oubliées, en réunissant un collectif d'artistes renommés autour d'un ambitieux projet discographique.
C'est aujourd'hui au tour de Lucile Richardot et d'Anne de Fornel, accompagnées pour quelques extraits par Marie-Laure Garnier, Edwin Crossley-Mercer et Manon Galy, de nous proposer des œuvres pour la plupart inédites de la compositrice britannique Liza Lehmann. La vie et la carrière de la musicienne font également l'objet d'un livret joliment illustré et richement documenté. Même les Anglais, pourtant soucieux de diffuser leur patrimoine musical, n'ont pas encore réussi un si bel hommage à cette compositrice à la carrière autrefois prestigieuse. Certes, on trouvera d'un récital vocal à l'autre quelques mélodies enregistrées par Felicity Lott, Alice Coote ou les sœurs Bevan, Mary et Sophie, ainsi qu'un CD autrefois paru chez Naxos dans la série « The English Song ». La mélodie « Love, if you Knew the Light » semble avoir été un classique particulièrement apprécié. La discographie plutôt chiche de la compositrice ne proposera rien en tout cas qui puisse égaler ce que nous apporte aujourd'hui ce superbe album.
Grâces soient donc rendues à Lucile Richardot et ses partenaires pour avoir concocté un programme aussi inspirant, chanté dans un anglais parfaitement rythmé et articulé, et toujours entièrement compréhensible. Créatrice de plusieurs centaines d'œuvres vocales allant de l'opéra à la mélodie, Liza Lehmann fait partie de ces artistes du tournant du vingtième siècle et de la Belle Époque, périodes qui en Angleterre correspondent à ce qui outre-Manche serait appelé « Late Victorian » puis « Edwardian ». Après avoir démarré une brillante carrière de chanteuse récitaliste – la scène n'était pas jugée suffisamment respectable pour nombre de chanteuses de cette époque –, la jeune femme, une fois mariée et mère de famille, fit le choix difficile de se consacrer à la composition. On ne pourra sans doute pas nier que le caractère des mélodies réunies sur ce CD reflète les goûts et les styles de leur époque. Les thèmes abordés – l'amour conjugal et maternel, le sentiment de la nature, le mystère de la musique et de l'inspiration musicale –, ainsi que les formules musicales privilégiées, restent largement traditionnels. Nul doute que l'adjectif « salonnard » pourra être appliqué à des mélodies dont l'esthétique se rapproche davantage de celle d'un Reynaldo Hahn que d'un Fauré ou d'un Debussy. On pourra s'interroger sur la nature supposément « féminine » de ces mélodies, souvent inspirées de l'œuvre de poètes et poétesses au style conventionnel mais typique de leur époque et de ses préoccupations sociétales. Ces textes admirablement adaptés à la mise en musique ont ainsi inspiré de la part de Liza Lehmann de subtiles et parfois ensorcelantes mélodies, accompagnées par un piano toujours délicat et feutré, qui à aucun moment ne vient rompre ou heurter la fluidité du discours musical.
Toutes ces mélodies, Lucile Richardot les chante avec un impeccable phrasé et une infinie variété de couleurs. Son art du pianissimo et de la mezza voce est partagé avec le baryton Edwin Crossley-Mercer, chargé d'un duo avec la mezzo-soprano – un très bel extrait sur un texte du Marchand de Venise de Shakespeare – et d'une mélodie thématiquement adaptée à une voix d'homme. Elle aussi sollicitée pour un duo et une mélodie séparée, Marie-Laure Garnier fait valoir un soprano dramatique intensément vibré qu'elle sait toutefois plier à l'art intimiste de la mélodie. Anne de Fornel est la plus attentive des accompagnatrices, trouvant à son piano de subtiles nuances qui donnent vie et corps à des mélodies et des textes parfois « faciles », mais infiniment poétiques. Toute une époque, tout un art de vie et toute une esthétique à redécouvrir, qui feront du bien à l'âme et aux oreilles.
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Liza Lehmann (1862-1918) : « Evensong », « The Lake Isle of Innisfree », « Dusk in the Valley », « Breton Folk-Songs No. 2: I dreamt my love was singing », « Echoes », « How Sweet the Moonlight Sleeps Upon this Bank », « In the Watches of the Night », « Morning », « A Bird in Sky », « The Guardian Angel », « By the lake », « You and I », « Good Morning, Brother Sunshine! », « The Daisy-Chain No. 4: If no one ever marries me », « In a persian garden: Ah! Moon of my Delight », « In a persian garden No. 7: Ah! Not a drop », « The Beautiful Lady », « The Silver Rose », « Oh, Tell Me, Nightningale », « The Lily of a Day », « Love, If You Knew the Light », « When the Shadows Fall Tonight », « Thoughts Have Wings », « When I Am Dead, My Dearest ». Avec Lucile Richardot, mezzo-soprano ; Marie-Laure Garnier, soprano ; Edwin Crossley-Mercer, baryton ; Manon Galy, violon ; Anne de Fornel, piano. 1 CD La Boîte à Pépites. Enregistré en août 2024 à la Maison de l’Orchestra national d’Île de France. Notice de présentation en français et anglais. Durée : 60:27
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