Les Nuits d’une demoiselle avec Lucile Richardot et l’Ensemble Contraste
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Metz. Grande salle de l’Arsenal Jean-Marie Rausch. 26-II-2025. Barbara (1930-1997) : La Solitude. Guy Béart (1930-2015) : Il n’y a plus d’après. Florence Véran (1922-2006) : Je hais les dimanches. Jacques Brel (1929-1978) : Au suivant. Boris Vian (1920-1959) : La Complainte du progrès. Serge Gainsbourg (1928-1991) : Black Trombone. Gaby Verlor (1921-2005) : C’était bien (Le p’tit bal perdu). Astor Piazzolla (1921-1992) : Oblivion. Lili Boulanger (1893-1918) : Nocturne. Francis Poulenc (1899-1963) : La Reine de cœur. Jacques Offenbach (1819-1880) : Ô mon cher amant. Gabriel Fauré (1845-1924) : Sicilienne. André Messager (1853-1929) : J’ai deux amants. Colette Renard (1924-2010) et Raymond Legrand (1908-1974) : Les Nuits d’une demoiselle. James Van Heusen (1913-1990) : Incurably romantic. Cole Porter (1891-1964) : I love Paris. Bob Merrill (1921-1998) : Mambo italiano. Léo Ferré (1916-1993) : Jolie môme. Avec : Lucile Richardot, mezzo-soprano ; Arnaud Thorette, alto ; Rozenn Le Trionnaire, clarinette ; Alix Merckx, contrebasse ; Johan Farjot, piano et arrangements
Mélange des genres, mariages transatlantiques et regards intergénérationnels pour un programme essentiellement consacré à la musique française. Le cross-over dans ce qu'il a de mieux.
Soirée quelque peu coquine, intitulée d'après l'audacieuse chanson de Colette Renard « Les Nuits d'une demoiselle » sortie en 1963. Les années 60 constituent d'ailleurs le socle de ce programme dont l'un des plus grands mérites est de croiser les répertoires, de marier le savant et le populaire, de briser toutes les frontières artificielles qu'on a dressées entre les différents genres musicaux. Barbara fraye ainsi avec Poulenc – superbe « Reine de cœur » ! –, Astor Piazzolla avec Lili Boulanger, Offenbach avec Juliette Gréco, et Messager avec Colette Renard.
Conçu en trois grands mouvements – une partie « chanson française », une autre plutôt « classique et opérette » et une troisième partie orientée « musique américaine » –, le programme multiplie les échos, les clins d'œil et les rappels, transatlantiques, transgénérationnels et transgénériques. L'utilisation du micro et du même instrumentarium pour l'ensemble des compositions unifie forcément les genres et les styles. On saluera au passage la qualité et l'originalité des arrangements de Johan Farjot, la plupart du temps réalisés pour alto, contrebasse, clarinette et piano. Pas de différence de traitement au niveau vocal, Lucile Richardot chantant tout de la même voix, avec son ample mezzo-soprano rompu à la technique du chant baroque et capable des grandes envolées romantiques sur fond d'orchestre mahlérien. Soucieuse de recréer un esprit français fait de joie de vivre, de légèreté et d'un soupçon de grivoiserie et de cynisme, elle parvient à réconcilier toute la gouaille inhérente à certains de ces répertoires avec les manières de grande diva – diva de la chanson, de l'opéra ou de la comédie musicale – qu'elle se plaît à singer et à parodier. Saint-Germain des Prés n'est pas si éloigné de l'opéra ou de Broadway. De toutes ces intentions, qu'elle ironise ou non, qu'elle chante au premier ou au second degré, résulte un formidable tour de chant qui embarque pour plus d'une heure un public très vite conquis. On est charmé par la cohérence du projet, par la qualité de l'interprétation vocale et musicale, par la réussite du numéro de communication et le refus assumé de se prendre au sérieux tout en restant parfaitement professionnel de bout en bout.
Deux bis généreusement donnés, « La Chanson d'Hélène » du film Les Choses de la vie puis « Si j'étais un homme » de Diane Tell, complètent un programme plein d'esprit, défendu dans la joie et la bonne humeur par les quatre musiciens de l'Ensemble Contraste, aux petits soins pour leur cantatrice qui, quoique certains puissent en penser, a bien raison de sortir du répertoire dans lequel son exceptionnel organe vocal pourrait la cantonner.
Crédit photographique : Arnaud Thorette, Lucile Richardot et Johan Farjot © Manuel Braun
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Metz. Grande salle de l’Arsenal Jean-Marie Rausch. 26-II-2025. Barbara (1930-1997) : La Solitude. Guy Béart (1930-2015) : Il n’y a plus d’après. Florence Véran (1922-2006) : Je hais les dimanches. Jacques Brel (1929-1978) : Au suivant. Boris Vian (1920-1959) : La Complainte du progrès. Serge Gainsbourg (1928-1991) : Black Trombone. Gaby Verlor (1921-2005) : C’était bien (Le p’tit bal perdu). Astor Piazzolla (1921-1992) : Oblivion. Lili Boulanger (1893-1918) : Nocturne. Francis Poulenc (1899-1963) : La Reine de cœur. Jacques Offenbach (1819-1880) : Ô mon cher amant. Gabriel Fauré (1845-1924) : Sicilienne. André Messager (1853-1929) : J’ai deux amants. Colette Renard (1924-2010) et Raymond Legrand (1908-1974) : Les Nuits d’une demoiselle. James Van Heusen (1913-1990) : Incurably romantic. Cole Porter (1891-1964) : I love Paris. Bob Merrill (1921-1998) : Mambo italiano. Léo Ferré (1916-1993) : Jolie môme. Avec : Lucile Richardot, mezzo-soprano ; Arnaud Thorette, alto ; Rozenn Le Trionnaire, clarinette ; Alix Merckx, contrebasse ; Johan Farjot, piano et arrangements