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Agen. Théâtre Ducourneau. 15-XII-2024. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Les Noces de Figaro, opéra en quatre actes sur un livret de Lorenzo da Ponte, d’après La Folle journée ou le Mariage de Figaro de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais. Mise en scène : Emmanuel Gardeil. Chorégraphie : Evelyne Dubernard ; lumières : Marion Jouhanneau. Avec : Figaro : Julien Véronèse, basse ; Suzanne : Aurélie Fargues, soprano ; La Contessa Alamaviva : Charlotte Despaux, soprano ; Il conte Alamaviva : Maxime Cohen, baryton ; Cherubino : Cécile Piovan, mezzo-soprano ; Marcellina : Elizabeth Ghaly, mezzo-soprano ; Basilio : Arthur Pérot, ténor ; Bartolo : Baptiste Bouvier, Basse ; Barabarina : Aleyna Alonso, soprano : Antonio : Emmanuel Gardeil, baryton ; une jeune fille : Mathilde Bonnet, mezzo-soprano. Chœur des Chants de Garonne. Avec la participation de membres de la classe de danse du Conservatoire à Rayonnement Régional d’Agen : Lou Audren ; Rose Corneille ; Abygaelle Magnier. Piano : Étienne Manchon
Après une première tentative réussie en 2011, selon un esprit de tréteaux et un format de poche, réduit aux personnages principaux (Les Noces ou presque), Emmanuel Gardeil reprend avec bonheur, dans sa quasi intégralité, le chef-d'œuvre de Mozart et Da Ponte.
En ce dimanche après-midi déjà hivernal, le théâtre d'Agen était bondé jusqu'au troisième balcon du poulailler. On ne saurait dire si c'est l'attirance de l'ouvrage, rarement monté dans la région hors des opéras de Toulouse et Bordeaux, ou la popularité de la troupe des Chants de Garonne, en résidence habituelle dans ce théâtre, qui depuis plus de trente ans, s'efforce de porter l'art lyrique dans les campagnes.
Fidèle à sa méthode, et aussi par manque de moyens, Emmanuel Gardeil opte pour une mise en scène toute de sobriété au niveau des décors et des costumes contemporains, misant avec une belle inventivité sur le jeu des chanteurs. Il affirme qu'à l'époque de sa création en 1786, cet opéra était très contemporain et d'une grande modernité et il ne voit pas pourquoi il faudrait en faire à présent quelque chose « d'ancien », d'autant plus que les titres de comte et de comtesse ne signifient plus grand chose pour la majorité du public. Et l'intrigue est aujourd'hui d'une actualité totale à l'époque du mouvement « Me too » et de la lutte contre les abus.
Si la pièce initiale de Beaumarchais La Folle journée ou le mariage de Figaro, pouvait choquer le régime impérial autrichien basé sur une monarchie absolue, Mozart et Da Ponte se sont efforcés d'en gommer le côté subversif, qui aurait été immédiatement censuré par le régime de l'empereur Joseph II. Nous avons beau connaître et apprécier l'ouvrage depuis longtemps, sous son aspect plaisant et le génie des mélodies et des ensembles en Mozart, la comédie n'exclut pas le drame. On est saisi par la violence et la cruauté du premier acte où la volonté de domination du Comte sur les personnes est omniprésente. Il s'agit d'une sorte de marivaudage, mais jusqu'au finale où il est joué par la Comtesse et Suzanne, on se demande si le Comte parviendra à ses fins au détriment de Suzanne. Tout au long des quatre actes, ce sont les femmes qui mènent le jeu. Cela faisait dire au grand chef autrichien Nikolaus Harnoncourt, qu'il s'agit d'une pièce de femmes, à l'opposé de Cosi fan tutte où il est question des hommes.
La revanche des femmes
Et les femmes mènent en effet la danse à l'image de la Suzanne rouée et déterminée d'Aurélie Fargues, dont la voix est à son zénith, avec un timbre frais et lumineux et une musicalité appréciable, tant dans les airs que dans les redoutables récitatifs, accompagnée par la Comtesse plus réservée, mais d'une dignité absolue et d'une grande noblesse de Charlotte Despaux, dont on apprécie les aigus d'une belle clarté. C'est aussi le cas, dans une certaine mesure, de la Marcelline d'Elizabeth Ghaly qui s'obstine dans sa poursuite de Figaro jusqu'à la révélation de sa maternité d'icelui. Avec son air faussement ingénu, la jeune Barberine d'Aleyna Alonso, n'a pas grand-chose à voir avec une oie blanche.
Dans le rôle travesti du jeune page Chérubin, quelque part au centre de la pièce, Cécile Piovan joue à merveille et délivre impeccablement ses deux airs virtuoses. Son Voi che Sapete est une merveille de sensibilité, de trouble adolescent et de révolte sociale inconsciente.
Les hommes ne sont pas en reste, à commencer par le Figaro plein d'abattage de Julien Véronèse, qui rame certes derrière Suzanne, mais occupe habilement la scène selon un chant naturel. Il est abonné au rôle, qu'il chante désormais régulièrement après l'avoir débuté au Capitole de Toulouse en 2023.
Aguerri au rôle du Comte depuis une dizaine d'années, Maxime Cohen incarne l'autorité sulfureuse de ce noble pervers avec un baryton généreux et une belle intensité de timbre selon une ligne de chant collant parfaitement au rôle. Nous l'avions apprécié en Schaunard dans La Bohème en 2023.
Le Bartolo de Baptiste Bouvier compense la discrétion du chant par une drôlerie certaine, affublé du Basile ombrageux d'Arthur Pérot.
Alors qu'il incarnait le Comte dans sa version de poche en 2011, Emmanuel Gardeil apparaît de façon plus discrète en Antonio, le jardinier bougon. Avec quelques coupures respectant la trame du récit, sa mise en scène n'omet pas le ballet final de l'acte III avec de jeunes danseuses de la classe de danse du Conservatoire à Rayonnement Régional d'Agen.
Au piano, Étienne Manchon donne avec énergie et virtuosité le ton de ce marathon de rythme, de mouvements et de folie.
La compagnie et les jeunes chanteurs des rôles principaux n'ont disposé que de deux semaines, réalisant un tour de force pour répéter et monter cet ouvrage emblématique du répertoire lyrique. Mais Aurélie Fargues en résume l'esprit : « Nous nous amusons bien ! »
Crédit photographiques : © Brigitte Zugaj
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Agen. Théâtre Ducourneau. 15-XII-2024. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Les Noces de Figaro, opéra en quatre actes sur un livret de Lorenzo da Ponte, d’après La Folle journée ou le Mariage de Figaro de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais. Mise en scène : Emmanuel Gardeil. Chorégraphie : Evelyne Dubernard ; lumières : Marion Jouhanneau. Avec : Figaro : Julien Véronèse, basse ; Suzanne : Aurélie Fargues, soprano ; La Contessa Alamaviva : Charlotte Despaux, soprano ; Il conte Alamaviva : Maxime Cohen, baryton ; Cherubino : Cécile Piovan, mezzo-soprano ; Marcellina : Elizabeth Ghaly, mezzo-soprano ; Basilio : Arthur Pérot, ténor ; Bartolo : Baptiste Bouvier, Basse ; Barabarina : Aleyna Alonso, soprano : Antonio : Emmanuel Gardeil, baryton ; une jeune fille : Mathilde Bonnet, mezzo-soprano. Chœur des Chants de Garonne. Avec la participation de membres de la classe de danse du Conservatoire à Rayonnement Régional d’Agen : Lou Audren ; Rose Corneille ; Abygaelle Magnier. Piano : Étienne Manchon