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Aux Hivernales d’Avignon, on y danse aussi l’été !

Une belle sélection de propositions chorégraphique aux Hivernales à l'occasion du Festival Off d'Avignon. Petit florilège dans des esthétiques différentes.

Sur le plateau des Hivernales, la journée commence par un solo de , Untitled (Nostalgia Act 3). À partir de la longue série des arabesques du ballet Giselle, déplie un vocabulaire gestuel et corporel personnel pour ce solo brut. Sans décor, sans costume, et pratiquement sans musique, la proposition est austère. Le danseur ne s'empare pas seulement de l'alignement des Willys, mais aussi de la contrition du Prince ou de la joie de danser et de la folie de Giselle. Est-ce l'utilisation ponctuelle de la musique de James Blake qui semble rapprocher sa démarche virtuose et iconoclaste de celle de William Forsythe ? Danseur et performer extraordinaire, dépasse dans cette pièce la névrose des personnages du ballet romantique pour basculer dans sa propre transe et entrer dans une histoire de folie et de roi nu.

Hope Hunt and the Ascension into Lazarus d'

Sati Veruynes reprend le rôle d'Oana Doherty dans ce solo furieux et halluciné. Dans une petite rue d'Avignon, la rue Guillaume Puy, une voiture bleue marine à la vitre arrière cassée fend la foule, la musique s'échappe à fort volume des fenêtres ouvertes. Elle pile et le conducteur en sort, ouvre le coffre, d'où surgit une Sati Veruynes déchaînée, roulée en boule. C'est en effet dans la rue que démarre Hope Hunt and the Ascension into Lazarus, le solo écrit par en 2017 et qui l'a fait connaître dans le monde entier grâce à sa sélection par Aerowaves. Sati Veruynes apporte plus de fluidité dans la danse par rapport au corps compact et brut de l'Irlandaise, mais tous les ingrédients de ce solo signature y sont conservés : la scansion hachée des mots qui se transforment en cri, la gestion saccadée et fréquemment interrompue des mouvements, l'interpellation (en français) et la gouaille des ados des quartiers. Dans la deuxième partie, où elle devient devient Lazare, vêtue de blanc, le chemin vers la rédemption est quasi mystique et Sati Veruynes nous emporte dans sa transe hypnotique et convaincante.

VISCUM de

Duo percutant de autour du consentement. Venu du break, a conçu avec sa partenaire un duo visqueux et inflammable. Vêtus de costumes de cuir souple, les deux interprètes s'inscrivent dans un cercle de fils de caoutchouc noir, comme s'il pénétraient dans une mare de pétrole. Leur corps à corps est étudié avec précision dans un face-à-face brutal qui voit leurs deux corps se confronter torse contre torse en sautant en l'air. La relation de couple se dessine progressivement autour de la notion de consentement, chaque geste intime étant quémandé en amont à l'unique micro. Il en résulte des situations cocasses, déstabilisantes, stimulantes pour ce beau et puissant duo à suivre.

2048 d' et

Il n'y a pas qu'à la Carrière de Boulbon qu'un spectacle d'Avignon commence autour d'une table, sur fond de Boléro de Ravel, réorchestré. Nourrie des techniques des danses urbaines, cette pièce chorale s'appuie sur l'unisson et l'énergie du groupe. Il en résulte une formule dynamique au rythme soutenu, mais un peu faible conceptuellement et dramaturgiquement. Mixée et jouée en direct par la DJ Maclarnaque, la musique est une composante essentielle de la pièce. Après une série de dates historiques évoquées à toute vitesse sous la forme de tableaux vivants, la pièce s'achève sur une intéressante version du Boléro dansée en ligne, puis en groupe dans lequel l'engagement des danseurs est total.

Tout se pète la gueule, chérie, de

Cette pièce, montrée pour la première fois à Avignon, est une série d'études créée en 2010, une œuvres d'archives presque redécouverte, créée lorsque le chorégraphe québécois avait la jeune trentaine. A l'époque, il souhaitait explorer le désarroi de sa vingtaine, pendant laquelle il sentait son énergie gaspillée et source de violence, mise en parallèle avec la vie d'autres jeunes, ailleurs. Ce désarroi masculin a été reçu à la création comme une étude sur la crise de la masculinité, ce que réfute.
Dans Anthropologie 1, la première étude, il dresse un portrait de groupe pour quatre interprètes avec une bière. Une extraordinaire performance où quatre hommes en santiags et sous-vêtements boivent des bières sur de la musique country. De l'art de tenir debout ou presque quand on est saoul. Lui succède un numéro plus pop de pôle dance masculin, avec un interprète entièrement nu, chaussé de santiags et coiffé d'une perruque blonde de style Louis XIV. Cette masculinité se joue encore plus fortement dans l'immobilité, la pose, que dans le mouvement. Très performative, elle assume effectivement un corps masculin musclé, mais pas exhibitionniste, genré mais pas fluide.
C'est tout le contraire avec Anthropologie 2, la deuxième étude ou cette masculinité s'exhibe et devient toxique, opposant les forts et les faibles, harcelant et intimidant. Une séquence qui tourne en dérision le culte du corps pratiqué par certains hommes, culturistes ou body-builders, adeptes des “gyms”. Une virilité ambivalente et cabossée, 14 ans après. La musique, interprétée live par Stéphane Boucher joue un rôle non négligeable dans ce spectacle de “bad boys”. Frédérick Gravel joue lui-même très bien de la guitare électrique. Une énergie rock proche de celle de la danse flamande des années 90-2000 ou des grands chorégraphes Canadiens déchaînés qu'étaient Edouard Lock et Louise Lecavalier.

Crédits photographiques : Viscum © Virginie Terroitin ; Tout se pête la gueule, chérie © Justine Bellanger et Sandrick Mathurin ; Hope Hunt © Chad Alexander ; Untitled © Ianne Kenfack

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