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Les Labèque en ambassadrices de la Trilogie Cocteau de Philip Glass

Il était logique que Deutsche Grammophon permette à de parachever leur immersion pianistique dans la Trilogie Cocteau de .

En 1991 naquit mon premier : Orphée, opéra de facture traditionnelle dont la particularité était de reprendre mot pour mot les dialogues du film éponyme de Jean Cocteau (1950). En 1994, naquit mon deuxième : La Belle et la Bête, opéra pour le Ensemble, nouvelle bande-son synchronisée du film originel (1946). En 1996, naquit mon troisième : Les Enfants terribles, « dance opera » pour trois claviers, adapté du film de Jean-Pierre Melville (1950). Mon tout s'est aujourd'hui imposé comme la Trilogie Cocteau, une des meilleures compositions lyriques du compositeur américain, de celles qui invalident le constat que l'opéra contemporain, une fois créé, est généralement condamné au seul archivage.

En 2020 parut mon premier, consacré aux Enfants terribles. En 2024 paraît mon second enchaînant cette fois Orphée à La Belle à la Bête. Mon tout est un double album original, spécialement arrangé pour les Labèque par . Celui que Glass lui-même appelle son « cerveau » avait déjà enregistré une transcription pour piano solo de 55 minutes de La Belle et la Bête. D'Orphée, il fallait se contenter d'une Orphée Suite de 30 minutes agencée par Paul Barnes, pianiste américain et autre fidèle défenseur de la musique du compositeur. L'un comme l'autre disque (tous deux disponibles chez OMM), soumis à l'arbitraire du pot-pourri, aubaine pour les pianistes, n'étaient pas sans générer quelques frustrations, surtout La Belle et La bête qui avait, par on ne sait quel mystère, contourné le sommet de la partition : Les Tourments de la Bête.

On ne retrouve hélas pas davantage ces cinq minutes galvanisantes dans les trente minutes de la sélection jouée par les Labèque. Elles y auraient fait fureur tant, comme elles l'ont aussi montré au concert, elles sont une fois encore partout ici comme chez elles (une des pièces, vraie carte de visite, ne s'intitule-t'elle pas Les Sœurs ?) dans cette Trilogie où la mélancolie la plus cristalline (la très gluckienne Chambre d'Orphée, Orphée et la Princesse, Le Retour d'Orphée, Le Dîner, Promenade dans le jardin) le dispute au swing le plus débridé : le néo-ragtime du Café d'Orphée et le très pulsé Voyage aux enfers rappellent les années 80 des débuts Gershwin des « enfants terribles » du piano contemporain. Claviers tout à tour intimes ou en cinémascope, et prise de son puissante font le reste. La Belle et la Bête, le volet plus émouvant de la Trilogie, privé ici de l'intensité suffocante de ses lignes vocales (poches de certaines Carmélites de Poulenc), fait l'effet d'une redécouverte. Comme une autre œuvre, prête à vivre une autre vie.

Une vie qui a commencé au printemps 2024, en collaboration avec le metteur en scène Cyril Teste, à la Philharmonie de Paris, longtemps la ville du poète, deux petites années celle du compositeur. Puis les « Cocteaupéras » de Glass vont continuer de faire le tour du monde, magnifiées par le jeu échevelé et gracieux (comme on avait pu s'en rendre compte à Dijon) de en ambassadrices de ces partitions irrésistibles. On envie déjà tous ceux qui auront envie ensuite de découvrir dans leur intégralité ces trois opéras majeurs du XXe siècle.

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