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Premier disque du contreténor Luan Góes et son ensemble Les Furiosi Galantes

Un premier disque prometteur du jeune et de son non moins jeune directeur artistique et contreténor brésilien , s'aventurant entre tradition et innovation au sein du chant baroque italien.

Basé à Plaisance du Gers, l' initié par le contreténor est tout jeune, autant par sa date de création (en « réponse à la crise sanitaire de 2020 ») que par la jeunesse de ses membres, le directeur musical fédérant autour de lui des artistes sortis tout juste de prestigieuses études musicales, et spécialisés en musique baroque.

Quoi de plus naturel au regard de cette genèse que de choisir comme thématique de ce premier disque la relation maître-disciple dans le chant baroque italien. La programmation musicale lie ainsi des noms connus de tous avec d'autres bien moins connus du grand public, par « une chaîne imaginaire du savoir » comprenant également des premiers enregistrements mondiaux : l'aria « l'Augelletto finché stretto nel suo carcere » de Biovanni Bononcini (1670-1747), la Sonata XII à 2 violini solistes de Johann Kaspar Kerll (1627-1693), le duo « Pur ch'il foco ond'io m'infiammo » extrait de l'opéra Il Giustino de (1626-1690), la Sinfonia Parte seconda Oratorio il Mosè de (1637-1695), et enfin le duo « Se t'abborro e la tua morte » extrait de l'opéra Almahaide de (1670-1747). Ce cheminement évolue selon des valeurs communes mais aussi, naturellement, selon des évolutions stylistiques du recitar cantando du XVIIe siècle aux grands airs en trois parties de l'opera seria du XVIIIe siècle, mêlant ainsi tradition et modernité.

Ce rapport maître disciple est aussi présent entre les interprètes vocaux de cet enregistrement, remerciant le travail de transmission de la contralto qu'elle a mené envers le jeune interprète. Dès son premier aria « Empi se mai disciolgo » extrait de l'opéra Germanico in Germania de Nicola Porpora (1686-1768), celui-ci dispense à envie trilles et vocalises savamment menées grâce à une voix parfaitement homogène dans toute la tessiture, et agrémentées par des aigus charnus. Cette virtuosité dans des vocalises complexes est menée régulièrement tout au long de cette proposition musicale avec une certaine extravagance d'ambitus étiré dans l'aria « Furibondo spira il vento » extrait de l'opéra Partenope de (1685-1759), dont le souffle long renvoie une sérénité de bon ton dans le duo « Se t'abborro e la tua morte ». Même si l'élocution du chanteur reste à parfaire et que son timbre pourra encore se déployer selon des couleurs bien plus foisonnantes que ce qui est proposé aujourd'hui, le travail du contreténor, bien loin de la simple démonstration vocale, semble prometteur pour la suite de ses aventures musicales.

L' fait honneur à son nom au regard de sa fougue dans l'aria « Gelido in Ogni Vena » extrait de l'opéra Farnace d' (1678-1741) où les musiciens apportent des nuances franches et marquées, cette vigueur se retrouvant tout autant dans le duo final avec . Quelques rares imperfections sont à noter, dont le solo du hautbois dans le troisième mouvement du Concerto op. 7 n°4 d' (1660-1730), mais ce nouvel ensemble ne manque pas de mordant.

Il propose aussi des changements d'atmosphère, menant un aria en toute sérénité, voire avec un brin d'onirisme dans « Dormi o fulmine di guerra » extrait de l'oratorio La Giuditta d' (1660-1725) là où tient sa ligne de chant tout en éloquence dans cette mélodie placide. La contralto offre de belles nuances dramatiques dans son duo « Son nata a lagrimar » extrait de l'opéra Giulio Cesare de Haendel, même si son chant délicat pâlit d'une projection quelque peu limitée mais reste agrémenté, soutenu par son « disciple » et par de beaux vibratos suspendus où se mêlent deux voix complémentaires. Dans la richesse des vocalises du Duetto « Se t'abborro e la tua morte », la netteté de son chant apporte une spontanéité naturelle et une verve convaincante.

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