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Des concertos de Carl Philipp Emanuel, d’abord pour le plaisir

L'œuvre pour flûte de est singulière et d'autant plus variée qu'elle contient des œuvres directement écrites pour la flûte et nombre de transcriptions. Ainsi, les trois concertos choisis par et l'Orchestre d'Auvergne ont aussi une version pour violoncelle. Et si la transcription a toujours été, dans la famille Bach, une activité musicale comme les autres, Carl Philipp Emanuel ne procédait pas exactement comme son père. Il modifiait davantage l'écriture, pour répondre aux spécificités de chaque instrument même s'il restait dans la tonalité d'origine.

Curieuse de toutes les expériences que les compositeurs peuvent mener pour la flûte, en plus de ses nombreuses aventures chambristes (dont l'enregistrement de l'intégrale de la musique de chambre de Ravel en 2004 chez Saphir), nous laisse un souvenir passionné de ses excursions dans la musique française du XXe siècle pour flûte et, il y a deux ans, de son enregistrement chez Zig-Zag des sonates de Haydn (auquel Resmusica avait également décerné une Clef).

Suivant le texte de présentation de Denis Verroust (de l'Association Jean-Pierre Rampal), l'histoire nous permet de savoir que était entouré de nombreux flûtistes. Entre le roi Frédéric II et son compositeur attitré Johann Joachim Quantz, jusqu'aux virtuoses Friedrich Wilhelm Riedt et August Neuff, nous savons que les sollicitations des flûtistes devaient être nombreuses pour que le deuxième fils de Bach compose autant pour la flûte et, en plus, dédie à l'instrument de multiples transcriptions. Mais ce déluge de flûtistes ne nous permet pas de savoir quelles œuvres ont été écrites pour la cour, quelles autres l'ont été sous moindre contrainte. Car, si on sait que Carl Philipp Emanuel était peu admiratif des talents et goûts musicaux de Frédéric II, on peut s'attendre à quelques partitions plus novatrices de part et d'autre de ses obligations. Si bien que le choix des œuvres au programme de ce disque semble, d'abord, dicté par le plaisir qu'y trouvent les musiciens.

Dès le Concerto en la majeur (« Helm 438 ») qui ouvre le disque, place les attaques dans les fins de phrase, quitte à n'en pas trop faire en staccato dans les doubles croches. Alors qu' porte l'orchestre dans un certain dramatisme dans les mouvements lents, la flûte n'en rajoute pas, fait toute confiance à la partition et s'en passionne en direct. De plage en plage, Juliette Hurel joue de la variété des ambiances, cherche à installer un climat singulier à chaque moment, à instruire une posture particulière vis à vis du continuo. Mais au lieu de marquer chaque étape, la flûtiste favorise une tension entre la sobriété de son texte et l'affirmation des couleurs harmoniques et des jeux contrapuntiques de tels passages.

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