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[Ile-de-France] Prélude aux Rencontres Musicales de Puteaux 4 concerts exceptionnels
Les 6, 7, 12 et 13 décembre
[Ile-de-France] Prélude aux Rencontres Musicales de Puteaux
4 concerts exceptionnels



[Paris] L
9 et 13 décembre
[Paris] L'Ensemble Parisien
Lavandier, Tchaïkovsky, Beethoven



[Paris] Orphée et Eurydice  Théâtre Mouffetard
Du 12 novembre au 31 décembre
[Paris] Orphée et Eurydice
Théâtre Mouffetard



[Paris] Danse contemporaine novembre-décembre
studio Le Regard du Cygne
[Paris] Danse contemporaine
novembre-décembre



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   La Scène
Musique symphonique
Menuhin Festival Gstaad 2008
[Gstaad] Valery Gergiev met la musique à nu

La Scène Musique symphonique Pays : SUISSE Région : VALAIS Imprimer l’article Tous les articles de Jacques Schmitt

Gstaad. Festival-Zelt. 22 et 23-VIII-2008. Piotr Illitch Tchaïkovski (1840-1893) : «La Belle au Bois Dormant» musique de ballet op. 66. Concerto pour violon et orchestre en ré majeur op. 35. Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Symphonie n° 1 «Classique» en ré majeur op. 25. Symphonie n° 6 en mi-bémol mineur op. 111. Léonidas Kavakos, violon. London Symphony Orchestra, direction : Valery Gergiev. 



En 1999, lors d’une répétition de la Symphonie n° 2 de Gustav Mahler dans la halle des sports de Ravenne transformée en salle de concert pour les besoins du Festival de Ravenne, les musiciens de l’Orchestre du Kirov étaient incapables de moduler leur expression musicale aux nécessités de Valéry Gergiev. Accusant les bruits parasites des puissants ventilateurs de l’air conditionné tournant à pleine vitesse pour rafraîchir la salle avant l’arrivée des spectateurs, la tension nerveuse montait gravement entre l’orchestre et son chef. Avant de reprendre pour la quatrième fois le passage musical incriminé, la patience à bout, Gergiev lança au premier violon : «Si vous écoutiez votre voisin et jouiez ce qui est écrit sur la partition, tout irait mieux !» Comme par miracle, la reprise de ces mesures s’avéra alors superbe ! Sans doute le chef russe s’est employé aux mêmes exigences envers son London Symphony Orchestra sinon, comment apprécier le découpage des pupitres lors des deux concerts immensément orchestraux dans l’acoustique (certes d’année en année améliorée) toujours discutable de la tente du Festival Menuhin ?

Si le premier jour, la musique du ballet La Belle au Bois Dormant dont Tchaïkovski était si fier manquait de la dimension visuelle de l’œuvre, elle était probablement aussi dénuée d’intérêt (même si certains ensembles orchestraux regorgeaient de belles envolées lyriques) parce que Valery Gergiev est apparu moins à l’aise qu’à son habitude. Quoique le public ait réservé un bel accueil à ce concert dont certaines mélodies populaires restent un enchantement, le critique reste quelque peu sur sa faim.

Le lendemain, l’invitation à laquelle le chef russe conviait le public s’est avérée d’une bien autre dimension musicale et spirituelle. Dès les premières mesures de la Symphonie Classique de Prokofiev, on sent Valery Gergiev dans son élément. Décrivant tout le sel de cette œuvre d’un abord aisé, il met la musique à nu. En peignant l’humour du pastiche mozartien de l’oeuvre, Gergiev invite au ravissement. Attaquant le larghetto du second mouvement sur un tempo résolument plus lent que celui de son enregistrement chez Philips, il en favorise la musicalité poussant son orchestre dans un pianissimo d’une qualité orchestrale exceptionnelle. Dans l’endiablé dernier mouvement crépitant comme un feu de bois sec, le chef russe voit son rêve musical prendre forme. Complice des pupitres de l’orchestre, il crée une tension artistique qui ne cessera de croître au fil de la soirée. La réussite populaire de cette courte entrée en matière, (la Symphonie Classique de Prokofiev ne dure qu’une vingtaine de minutes) se révèle comme un détonateur. On pense avoir touché au bonheur musical avec cette interprétation remplie de poésie, de superbe et d’humour. Ce n’était qu’une mise en bouche.

Avec le Concerto pour violon et orchestre de Tchaïkovski, on imagine l’inévitable jouerie d’un tube rabâché à toutes les sauces. Pour un premier disque, rares sont les nouvelles stars du violon qui ne le gravent pas avec celui de Max Bruch ou de Mendelssohn. De même, il n’est guère de foyers qui ne possèdent pas ce concerto dans le fond de sa discothèque. Avec Leonidas Kavakos, la surprise est immense. Dès ses premières notes, il impose une musique à laquelle Valéry Gergiev ne peut que répondre avec un tapis harmonique orchestral d’un douceur indicible. Un premier mouvement où le soliste et le chef tentent d’imposer leur personnalité à l’autre. Mais la communion musicale persiste. Présent à chaque instant, le climat émotionnel se construit autour de ces deux musiciens d’exception pour l’éclat de l’œuvre. Est-ce l’abandon temporaire du Stradivarius pour un Guarnerius magnifiquement sonore et chaleureux qui sublime le violoniste ? Est-ce la présence d’un des plus bel ensemble orchestral de la planète ? Est-ce l’électricité jaillissante de Valéry Gergiev ? Reste une interprétation passionnante et passionnée où la musicalité le dispute à la technique instrumentale, aux contrastes, à la poésie. De la grande musique. Au salut final, à voir l’accolade des deux protagonistes et la joie des musiciens de l’orchestre, l’ovation du public était largement partagée sur la scène.

Si cette soirée avait déjà offert son lot d’émotions, rien ne laissait supposer que ce n’était que le premier épisode d’une apothéose musicale. Avec cette Symphonie n° 6, Prokofiev emmène Valery Gergiev dans son répertoire de prédilection. Empreint de cette culture russe du XXe siècle, le chef tire de ces pages grandioses toute la souffrance sous-jacente aux bonheurs de la victoire. Écrite en 1946, la symphonie de Prokofiev raconte les réminiscences du triomphe russe sur les armées allemandes, mais aussi la misère que le conflit a engendrée parmi les survivants. Œuvre tragique qui n’est pas sans rappeler la VIIIe Symphonie de Chostakovitch, l’approche de Gergiev souligne avec force toute l’ambiguïté contenue dans ces musiques tour à tour poétiques ou poignantes soit qu’elles décrivent la nostalgie du pays ou les réminiscences des combats. Avec un London Symphony Orchestra au sommet de son art, Valery Gergiev pousse ses musiciens dans les contreforts de l’expressionnisme musical, les forçant à des stridences râpeuses pour mieux exprimer les blessures encore ouvertes de l’âme. Subjugué, l’auditeur est entraîné dans le cauchemar du combattant heureux que les armes se soient tues mais dont la paix intérieure s’avère à jamais impossible. Quand arrive enfin l’accord final, synonyme de l’anéantissement de l’esprit devant l’absurdité de la guerre, il se passe quelques secondes avant que le public ovationne l’interprétation en tous points bouleversante de Valery Gergiev et du London Symphony Orchestra. Nombreux seront les rappels de l’incomparable Valery Gergiev, transcendé et heureux du moment d’exception qu’il vient de livrer.

Crédit photographique : © Anja Tanner

par Jacques Schmitt (31/08/2008) [871 visite(s)]

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