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[Bobigny] Allegro Ricordando
MC93



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Du 28 janvier au 1er février
[Nantes] La Folle Journée 2009
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[Paris] Piccolo, « Déferlantes » 5 voix a capella
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[Paris] Piccolo, « Déferlantes »
5 voix a capella



 


 

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   La Scène
[Scène] Lyrique
Le Roi d’Ys
[Toulouse] Le Capitole ressuscite le Roi d’Ys dans sa totale splendeur !

La Scène [Scène] Lyrique Pays : FRANCE Région : MIDI-PYRÉNÉES Imprimer l’article Tous les articles de Hubert Stoecklin

Toulouse. Théâtre du Capitole. 6-X-2007. Edouard Lalo (1823-1892) : Le Roi d’Ys, Légende bretonne ; Opéra en trois actes sur un livret d’Edouard Blau. Mise en scène, Nicolas Jœl ; Décors, Ezio Frigerio ; Costumes, Franca Squarciapino ; Lumières, Vincent Cheli. Avec : Paul Gay, Le Roi d’Ys ; Sophie Koch, Margared ; Inva Mula, Rozenn ; Charles Castronovo, Mylio ; Franck Ferrari, Karnac ; Eric Martin-Bonnet, Saint Corentin ; André Heybœr, Jahel ; Orchestre National du Capitole, chœurs du Capitole de Toulouse ; chœur d’hommes de l’Opéra National du Rhin ; Chef de chœur, Patrick Marie Aubert ; Direction musicale, Yves Abel.

     Cette exceptionnelle ouverture de saison était très attendue et pas seulement au Capitole de Toulouse… Le Roi d’Ys ressorti des limbes de l’oubli se révèle être un ouvrage très dramatique véritable chef-d’œuvre de concision, débordant de splendeurs musicales.

     Le futur directeur des opéras de Paris y signait une de ses dernières mises en scène. À son habitude il a parfaitement respecté l’esprit de l’œuvre et avec délicatesse et efficacité a laissé toute sa place à la musique et à l’impact saisissant de cette galerie de personnages intemporels. Le majestueux décor de marbre bleu d’Ezio Frigerio rendait compte de la grandeur de cette légende tandis que les costumes très chargés de Franca Squaciapino, d’une beauté étrange, rendaient compte de la dimension fantastique du mythe de la ville D’Ys.

     Si dans cette extraordinaire production les yeux sont à la fête, les oreilles ne le sont pas moins. Heureusement que France Musique diffusera l’enregistrement de cette production le 20 octobre prochain car la distribution fera date et persuadera plus d’un de l’injustice de l’oubli dans lequel a été noyée cette ville d’Ys.

     Les méchants à l’opéra quand ils sont beaux sont les plus aimés. Margared est un rôle en or pour une mezzo dramatique et élégante. Sophie Koch trouve là peut-être son meilleur rôle à la fois physiquement et vocalement. Son jeu scénique s’y déploie à merveille. Dès son entrée en scène, par cette sorte de raideur dont elle est capable, la beauté de son maintien et la classe qui l’habite, elle incarne la princesse fantasque qui va devenir folle de jalousie sous nos yeux. Le personnage évolue vers la douleur et la noirceur en parallèle avec les couleurs de ses fantastiques costumes. La voix est à présent idéale pour ce rôle, tour à tour touchante et terrifiante de force et de noirceur. Les graves sont magnifiquement timbrés et l’homogénéité de la tessiture jusque dans des aigus claironnants s’est encor développée. Qu’une telle énergie négative émane d’une si jolie et jeune femme est encor plus rare. S’agissant d’une prise de rôle l’assimilation lui permettra de peaufiner sa diction qui à de rares moments s’efface devant une projection vocale stupéfiante. Un méchant qui se repenti fait craquer le public, ainsi son revirement final devant la découverte de l’amour de sa sœur et de son père est tout à fait bouleversant en son illumination sacrificielle.

     Dans le rôle du prince Karnack, l’autre méchant, Franck Ferrari joue la carte de la noirceur dès le début. Un peu plus de subtilité dans son jeux et son chant aurait permis au couple noir d’atteindre des sommets. Mais sa grande voix parfaitement projetée et son air hirsute en font un prince Karnak des plus inquiétants.

     Face à de tels rôles et de telles incarnations il parait difficile de tenir dans le camp des bons. Car cet ouvrage joue sur les archétypes. La mezzo et le baryton sont les méchants tandis que le ténor et la soprano aidés par la basse sont du « bon coté ». La religion permettant de dessiner une limite claire.

     Le Roi de Paul Gay est majestueux et bon. Bon roi, bon père, autoritaire et douloureux à la fois. La voix belle et le comédien habile à faire oublier sa jeunesse.

     Inva Mula en Rozzen trouve un nouveau rôle à la mesure de son talent d’actrice touchante et de chanteuse subtile. Son art du chant trouve dans un phrasé délicat et des nuances exquises ce qui lui permet d’incarner la force du personnage. Dans les ensembles la puissance de sa voix qui reste toujours belle est très confortable mais c’est pourtant dans des sons filés parfaits qu’elle emporte l’adhésion du public. Elle aussi porte de très beaux costumes, clairs cette fois, dont une superbe robe de mariée.

     Mylio est le type du héros qui apparaît quand on ne l’attend plus, précipite le drame, ne comprend rien à ce qui se passe, mais fonce et gagne l’élue de son cœur. Son costume d’entrée est une armure qui ne déparerait pas dans une bande dessinée de fantaisie héroïque.

     Charles Castronovo assume parfaitement et le rôle et le costume !

     Ce jeune ténor a une voix déjà très belle mais qui manque un peu de maturité pour un rôle aussi difficile. Car vocalement il faut à la fois de la force et un lyrisme intense mais également de l’humour (qualité rare pour un héros) dans sa sérénade. Ce jeune ténor au physique et au jeu agréables mérite une belle carrière car c’est un chanteur élégant faisant de fort belles nuances.

     André Heybœr est un Yahel éloquent, tandis qu’Eric Martin-Bonnet est un Saint Corentin un peu pale vocalement pour avoir de tels pouvoirs.

     Les chœurs du Capitole renforcés par les hommes du chœur de l’Opéra National du Rhin sont splendides dans les passages en forces mais font également de gros efforts sur la précision et les nuances.

     Dans la fosse l’excellent orchestre du Capitole engagé jusqu’à soutenir la rage des parties orchestrales dignes de Wagner sait aussi se faire délicat et subtil. Yves Abel, chef franco-canadien qui défend à New York l’opéra français comme personne, dirige avec passion et rigueur une partition qu’il maîtrise parfaitement. L’ouverture est une véritable pièce symphonique qui arrache un tonnerre d’applaudissements mérité. Lalo est un grand symphoniste doué d’un sens aigu de la couleur. Dans un flux sonore ininterrompu l’orchestre soutient constamment l’action dramatique et est bien plus qu’un accompagnateur, c’est un véritable acteur du drame.

     Il est incompréhensible qu’un ouvrage aussi concis et riche soit si peu donné. Il est vrai qu’avec de tels interprètes il devient irrésistible. La fin de l’opéra permet à l’eau d’envahir la scène. Cet effet théâtral est superbe et restera longtemps dans les mémoires.

     Même Nicolas Jœl est venu saluer à la fin sous des tonnerres d’applaudissements partageant le succès avec les artistes. Heureux toulousains à qui il réserve encore quelques mises en scène toujours respectueuses de la musique et de l’esprit de l’œuvre et heureux parisiens à qui il offrira ses distributions de rêve très bientôt.

Crédit photographique : © Patrice Nin

par Hubert Stoecklin (10/10/2007) [3562 visite(s)]

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